vendredi, juin 01, 2007

Burgos --> Léon

En fin d'après-midi, nous changeons notre plan initial, et prenons un billet de train pour Léon. Nous sautons les étapes difficiles pour pouvoir atteindre Santiago. Ces derniers jours, on n'avait pas cessé de nous faire une publicité calamiteuse de la traversée de la Castille : balayée par les vents froids, c'est un paysage monotone, de longues lignes droites coupent des champs de blé infinis, il faut parfois parcourir une vingtaine de kilomètres entre deux villages, sans rencontrer ni maisons, ni arbres, ni même de pierres.
Même si par cet acte, je saborde le pèlerinage, j'avoue que je suis content que nous puissions aller jusqu'au bout. Je reconnais volontiers les bénéfices du masochisme et sans doute que persévérer dans cette voie de l'humilité m'aurait mieux encore appris le bonheur d'un repas chaud, le réconfort d'un lit et tout ce quotidien devenu luxueux, mais... nous avons craqué !

À Léon, nous nous reposons surtout, nous visitons le centre en dilettante. L'atmosphère heureuse et tranquille de la ville nous convient bien et nous détend. Les édifices, moins imposants qu'à Burgos, annoncent doucement l'instinct casanier de la Galice.

jeudi, mai 31, 2007

Agés --> Burgos

Nous rentrons dans Burgos en commettant notre première entorse à la déontologie : nous empruntons le bus pour traverser la zone industrielle. Je me sens coupable de ma défection, mais il est trop tard. J'ai suivi le mouvement sans chercher à comprendre. J'aurais dû ne pas tricher et continuer à pied, ne serait ce que pour apprendre que les hommes ont construit des zones si laides qu'ils n'osent même plus s'y promener.
Il bruine dans le centre de la ville, une sorte de campement militaire monté dans un parc nous accueille, plus de cent lits sont rassemblés dans une promiscuité militaire. Cristina fait une sieste pendant que je tourne en rond dans cet endroit sinistre.
Assis sur un banc où le soleil donne, j'ai froid, malgré plusieurs T-shirts, dès qu'un nuage passait je recommence à frissonner. Je suis comme un vagabond et mon polaire se souvient de mes repas, j'ai renversé du yaourt et de la pizza incrustée, les tâches sont restées, il est pourtant hors de question de me séparer de mon pull, ne serait-ce que l'intervalle d'un lavage/séchage. Je me lève et je m'endors avec, toutes les calories sont précieuses. Jamais je n'ai trop chaud, tout au plus j'ai du rabe, mais je le garde pour plus tard. La chaleur d'un corps il faut la garder, car un corps froid met trop de temps à se réchauffer.
Par habitude du tourisme plus que par réelle envie, nous visitons la cathédrale de Burgos. L'entrée dans l'édifice ne nous coute que 1 € (Nous avons une réduction spéciale « pèlerins »). Il faut reconnaître que nous en avons pour notre argent : l'intérieur est plus qu'exubérant, Ors et Argents flamboient de toutes parts, les chapelles chargées d'ornements m'oppressent : partout, Jésus saigne et Marie-Madeleine pleure, ils en font des tonnes. À côté de cet entassement, Versailles ferait presque pauvre, évid. Manifestement, l'église, dans ses très riches heures, peinait en imagination pour dilapider son capital et s'adonnait au luxe le plus dispendieux : le mauvais goût. Je me demande pourquoi le protestantisme n'est pas né en Espagne en voyant cet étalage éccoeurant.



Pour ma part, j'abandonne définitivement tous mes remords d'avoir réclamer mon don dans le monastère, je deviens un touriste brutal, je sors l'appareil photo et je mets dans la boite tout ce que rencontre mon objectif : l'autel, la nef, les vitraux, je mitraille sans regarder, un Jésus-ci, une Sainte-Marie-là, vu le prix du Megabyte, il ne faut pas se priver. Je me demander cependant comment le christianisme a réussi à tenir deux millénaires sans guillotiner un pape.

mercredi, mai 30, 2007

Belorado--> Agés

La nuit à Belorado fut la plus réparatrice de toutes celles que nous avons passées jusqu'à présent. Enroulé dans d'épaisses couvertures lourdes, j'ai le sommeil lourd.

Dans les Montes de Oca, que nous traversons aujourd'hui, semble régner un microclimat. Brutalement la forêt s'est substituée aux champs de blé. Après les dernières étapes monotones, Le paysage retrouve un peu de sa superbe. Pendant douze kilomètres nous montons une colline sans rencontrer âme qui vive, rien que des chèvres qui paissent en troupeau le long du chemin. Le soir, un couvent à la sortie de la forêt nous semble un bon endroit pour dormir, en posant nos sac nous découvrons que l'abbaye sent terriblement le vieux. Des grabataires sont alités, geignent en se plaignant de leur douleurs musculaire, comme dans un hopital de campagne. La perspective de dormir ici ne me semble plus tellement réjouissante



Pour ne pas rester dans cet hôpital, je m'éloigne un peu pour procéder à ma traditionnelle sieste dans les hautes herbes. Je prépare une sorte de nid d'où l'on ne m'aperçoit pas. Sans témoin, je m'assois et me tiens immobile pendant un long moment, incapable de mobiliser aucun neurone, je fais le lézard, animal à sang froid, je m'endors sous le soleil, ma peau se tanne, mon sang se réchauffe. Malgré les risques de coup de soleil, je reste pétrifié, aucune idée ne parvient à se former. Une fuite au cerveau m'empêche de former des pensée, ce n'est qu'un succession d'image : une couleuvre passe proche de moi, un lièvre fait un bond immense au dessus des blés, un charançon se balance au bout d'un brin d'herbe. Les mouvements sont devenus impossible comme si mes os s'étaient soudés.

Le froid et l'humidité apparent du dortoir nous dissuadent finalement de rester dans le couvent. Nous décidons de pousser jusqu'au village suivant avec l'espoir d'une auberge un peu plus chaleureuse et accueillante.

A l'accueil du couvent, nous demandons à la bonne sœur de nous retourner notre don, ce qu'elle fait de mauvais gré. Elle nous lance, indignée : « Dans un autre endroit, on ne vous l'aurait pas rendu !» Nous récupérons notre pognon et décampons.

Logiquement, la nonne est vexée qu'on ne croit plus en son Dieu. Son église est à l'agonie. Même en étant indulgent on ne peut plus considérer le christianisme que comme une ombre, une résurgence. En Europe, il n'y a guère que les anciens communistes pour s'exalter devant le pape. L'église qui devait régner pour les siècles des siècles trouve la plaisanterie amère, les apôtres ont été un tantinet optimiste en supposant ceci. Ce n'est que justice : Retour aux sources.

En effet, si j'exclus les vieux --- qui n'ont que peu d'avenir --- bien peu de pèlerins avancent pour des raisons religieuses. Ceux qui demandent l'hospitalité dans les monastères le font essentiellement pour avoir le privilège de la saveur de authentique du Chemin de Saint-Jacques™ et ainsi avoir des arguments pour dire à leurs amis qu'ils ne sont pas des touristes ordinaires.

L'empire du Christ est un peu déliquescent, il fait maintenant pitié. Cependant, on ne devrait pas s'attrister devant cette église, d'une part le Christ lui même affirmait "heureux les indigents et, d'autre part, l'église a tellement menti et tellement usurpé qu'elle n'a que la monnaie de sa pièce. Elle de se remettra probablement pas d'avoir battu sa coulpe totalitaire. Elle a perdu la guerre à partir du moment où elle a commencé à ne plus promettre l'enfer à ceux qui ne lui donnaient pas d'argent.

Inflexible et dogmatique, le christianisme rejette le Darwinnisme et ne croit pas aux vertus de l'explication et l'église en reste à la bonne vieille rengaine du bien et du mal, à l'enfer pour les méchant et au paradis pour les gentils. Elle vivote sur la théologie du « créateur » sanctifiant l'anthropocentrisme. À l'heure de l'écologie, il est bien normal de voir décliner cette école sans ambition cosmologique. Jamais le pape ne dira rien de la place de l'homme dans l'univers, c'est hors sa compétence. J'ai perdu toute indulgence depuis peu. L'église a les moyens de sa réforme, elle refuse d'ouvrir son discours et de dépasser le sectarisme de ses derniers fidèles pour ne pas perdre ce qui lui reste de pouvoir. Et j'avoue ces babioles pour lesquelles elle se bat encore relève maintenant du plus misérable ressort du non divin : L'instinct de survie.
De l'église, il ne reste plus que l'iconographie martyre, le sang et la violence du Christ portant la croix, les fresques sadiques de la Passion. Oublions donc, car tout cela a trouvé des substituts valables à Hollywood.



Bien sûr, il reste le message d'Amour du Christ. Aah.... l'Amour, toujours l'Amour... Mais j'objecte, Aah, l'Amour, oui ! Mais c'est un peu court ! C'est oublier qu'on tue par amour parfois et je n'ai jamais entendu un prêtre disserter des contradictions de l'amour.

Enfin, nous dormons dans l'albergue municipale d'Agés où l'ambiance est très chaleureuse et j'oublie toute théologie. Nous dormons bien.

mardi, mai 29, 2007

Santo Domingo de la Calzada --> Belorado

En Castilla Léon, les paysages sont routiniers, ce ne sont que des champs de blé à perte de vue. Sans endroits où laisser batifoler mon imagination, je suis sans distractions, même les conversations avec Cristina sentent l'épuisement.
Je rumine seul mes pensées, quand, tout d'un coup, une question métaphysique me reviens du fond des âges, j'ignore comment elle est remontée à la surface depuis le dédale de ma mémoire : « Faut-il manger le boudin avant où après la purée ? ». Je me posais cette question en face de mon assiette lorsque j'étais enfant. Assis à la tablée familiale, je n'arrivais pas à trancher car la question n'avait rien de simple.

Sachant que j'aimais plus la purée que le boudin, sachant également qu'il me fallait manger l'intégralité de mon assiette car ma mère me l'imposait. Je me demandais ce qui maximiserait mon plaisir. Plusieurs alternatives s'offraient à moi : fallait-il
(1) garder le goût de la purée dans la bouche en la mangeant en dernier, ou bien fallait-il
(2) avoir sa faim intacte au moment d'attaquer la purée pour la manger avec appétit, ou encore, fallait-il
(3) manger les deux en même temps pour réaliser une sorte de moindre mal (en rendant le boudin plus digeste, mais aussi en rendant la purée moins délicieuse).

Il ne s'agit que de déterminer une séquence, pourtant la portée de cette question est énorme. Suivant que l'on est Épicurien où Croyant, on décidera de qu'il faut manger en premier. Horace avait probablement eu ce genre de problème avec sa mère quand il affirmait : Carpe Diem Quam Minimum Credula Postero .(1)

Le temps est une chose très problématique pour ceux qui aiment philosopher. Notre mort est certes certaine, mais nous ne savons pas l'heure où cela se produira. D'autre part, il semble que notre bonheur passe trop vite. La course du temps ne s'arrête pas, nous traversons dans la vie comme dans un train. Et quoique l'on fasse nous sommes pied et poing lié à ce train. Finalement, on n'a qu'une seule liberté : sauter ou ne pas sauter. Et pour tout les autre latitudes, on n'a pas d'autre choix que de modifier sa perception et discipliner cette indicible angoisse des secondes qui se dérobent continuellement à ce qui nous nous reste de vie.

La véritable sagesse consiste à aimer également tous les temps, présent, passé et futur. Chacun d'entre eux possède une saveur particulière, sublimer son passé, suivre ses rêves de futur et savourer le présent. Dès lors, l'ordre des choses cesse d'avoir de l'importance, il est facile d'être heureux, pensez ! Le bagnard pensera au jour de sa libération, le vacancier se concentrera sur sa liberté et le vieil homme chérira son passé.

1. Profite de chaque jour en ne croyant rien du futur.

lundi, mai 28, 2007

Ventosa --> Santo Domingo de La Calzada

Les premières heures, le vent souffle terriblement froid sur Ventosa-la-bien-nommée. J'ai mis deux T-Shirt et mon polaire. Cristina en a mis trois couches. Sur les chemins, le froid a chassé les foules. Notre équipage compense ce climat en devenant plus chaleureux. Traversant le blizzard sur une plaine désolée, nous espérons qu'un foyer fumant paraitra à l'horizon. Qui aurait pu croire que j'allais mourir congelé en Espagne ?

Quand enfin parait le premier café, nous commandons un café au lait et un thé bien chaud. J'ai les doigts gelés, il sont si gourds que je peine à déchirer mon sachet de sucre, je crois bien que je fais pitié. Pour compenser le froid, je me confectionne des gants dans des sacs en plastique volé au supermarché. J'ai désormais une allure authentique pour traverser ces mornes plaines.

Le soleil met énormément de temps à se lever, nous atteignons finalement Santo Domingo de la Calzada sous un ciel bleu, mais l'air souffle toujours froid. Nous nous réfugions dans une abbaye et dormons du sommeil du juste.

dimanche, mai 27, 2007

Logroño--> Ventosa

Notre marche commence sous un joli ciel bleu, je suis en forme et je chante. Je joue le cabot pour montrer mon bonheur, je m'arrête sous les cinq mètres pour pisser. Cristina est un fatiguée, elle envisage dans un coup de déprime, de rentrer à Toulouse. Je la remotive en jouant l'animateur, j'invente des activités. Dans un premier exercice de relaxation, je lui propose de respirer à pleins poumons, il faut souffler tout son air jusqu'à être vide. A force d'avoir trop vécu, on ne sait plus combien nos poumons sont profonds. Ensuite, je deviens chaman et je l'invite à capter les énergies de la nature sous mes incantations. Nous composons des chansons de scouts et nous gueulons : « Que c'est dur d'être un pèlerin». Je me prends au jeu. Je ne sais pas où je vais, mais j'y vais.

Plus je chante fort et plus je me sens plus libre. En hypnose, la succession de mes pas m'emporte sous les eaux troubles de mes souvenirs. Mon imagination, secouée en rythme, se rapelle l'Espagne, telle que je l'ai connu dans mon enfance. Mes frères et moi, nous partions avec mes parents, traversant les Pyrénées de nuit, c'était un long voyage jusqu'à Valence, nous étions allongés dans le coffre de la voiture transformé en wagon-lit par un bricolage de mon père. Je revois la résidence où nous nous adonnions au bonheur souverain des vacances familiales. Je me souviens de la sangria qu'on servait avec la paëlla lors de la fête de bienvenue. Le gérant fumait son cigare l'air satisfait, il passait parmi les estivants, aux enfants, il donnait une tape dans le dos. Dans la piscine, au milieu des transats, j'ai fait mes premiers plongeons sous l'oeil émerveillé de ma mère. Pendant ce temps, sur le terrain de tennis, mon père échangeait quelques balles avec mon oncle. Avec mes frères on se battait pour notre tour autour de la table de ping-pong. La villa où nous passions nos vacances, était proche de la mer, on allait se baigner en suivant une route qui me semblait indiquer un horizon mystérieux. C'était une plage de galet, on avait mal au pied mais on courrait malgré tout. J'avais un masque de plongée et une épuisette, malgré cet équipement, durant les trois années où j'y suis retourné, je ne suis jamais parvenu qu'à attraper un crabe. Ma mère avait la phobie du coup de soleil et nous appelait pour nous mettre de la crème solaire. Quand on revenait de la plage, pour nous rincer du sel, mon père utilisait un tuyau d'arrosage, il nous poursuivait et nous courrions sur l'herbe grasse pour échapper au jet d'eau. Ca me chatouillait les pieds. A côté de la maison, il y avait une bambouseraie à droite, une oliveraie en face et une orangeraie à gauche. Dans les champs, la terre était si dure que je n'arrivais même pas à casser les mottes. Oui, Bon Dieu ! J'ai déjà vécu tout ça ! Il me semble que c'était une autre vie... J'étais un génie quand j'étais un enfant, je savais transformer le présent en éternité. Quelle farce de vieillir !

Lorsque nous arrivons à Ventosa, je suis abruti de ce rêve d'un autre temps.

Cristina veut prendre un verre. Au bar, tout le village s'est réuni pour l'apéro. Les vieux jouent aux cartes et regardent la télé, les jeunes jouent avec leur téléphone portable en buvant une bière. Moi, je mange une glace.

Nous nous dirigeons ensuite vers l'auberge, un couple d'allemands est installé sur la table du jardin en attendant l'ouverture. Je suis poli, mais l'homme ne répond pas à mon salut, car il est occupé à couper des rondelles de son saucisson.

Il me devient instantanément antipathique. Etait-ce parce qu'il avait négligé mon bonjour, ou bien était ce son nez porcin ou sa manière de déglutir le saucisson ? En tous les cas, je ne lui accordait pas le bénéfice du doute. Il y avait inscrit en gros sur son front : « Je suis une tête de con et je t'emmerde ».

J'étais sûr que le type que je venais de croiser ronflerait et qu'il m'empêcherait de dormir. J'étais prêt à l'accabler de tous les vices, tous les restes de mon intelligence animale m'indiquait qu'il fallait montrer les crocs à ce salaud. Je me trompe rarement en matière de têtes de cons. Je suis convaincu que c'est une sorte de loi du karma donne aux imbéciles leur tronches répugnante.

J'appréhendais l'heure d'aller au lit et j'avais raison. Lorsque les lumières se sont éteintes, le cochon a commencé à grogner. Sa technique léchée me confirmait que c'était un as de la luette : quand il inspirait, ça durait si longtemps qu'on croyait qu'il ravalait plusieurs litres de morve dans son aspiration, on avait même l'illusion qu'il se bouffait les tripes. Dans l'autre mouvement, il se dégonflait comme un gros plein de soupe, il sifflait comme une baudruche. Pour calmer mes nerfs, je bouffais ma couverture, j'avais envie de saigner ce gros lard. J'étais à bloc : "Je le savais, je le savais !"

Cristina eut une initiative salutaire, elle prit son matelas sous le bras et partit s'installer dans la cuisine. Elle débrancha la machine à café, enleva les piles de l'horloge pour ne plus entendre le tic-tac dont elle avait la phobie. Je la rejoignis un peu plus tard dans l'alcôve déjà chaude. Je remerciais le ciel d'avoir une femme si pratique et dormis paisiblement le reste de la nuit.


samedi, mai 26, 2007

Torres del Rio --> Logroño

Il pleut toute la journée. A l'abri sous nos ponchos étanches, nous sommes bien au sec, pourtant, nous sentons monter la fatigue. Comme à l'armée, nous avançons sans trop réfléchir. Je regarde mes pieds. Le sol est miné d'escargots. J'en sauve quelques-uns en les déplaçant délicatement sur le bas côté, mais je ne peux les sauver tous. Les jours de pluie, les escargots se prennent pour Gene Kelly, ils vont "singin'in the rain", la moitié d'entre eux meure sur la piste de danse mais ça ne fait rien. C'est une belle mort que d'être écrasé sous les croquenots de marcheurs abrutis.

Dans mon esprit ensommeillé, une nouvelle routine s'est installée : il faut se grouiller pour avoir un lit, il faut démouler un bronze tant qu'il y a du pécu dans les toilettes et puis, rapido, prendre son ticket pour la douche (A moins d'aimer l'eau froide).
À l'arrivée dans Logroño, Felisa et son fils, Carlos, sont installés sur le seuil de la porte. Ils tiennent une petite boutique qui vend des sandwitch et des boissons. Ils regardent les pèlerins passer et devisent bruyamment. Carlos a sa chemise bien ouverte et se gratte le torse, répond si fort à sa mère qu'on a l'impression qu'il se disputent. Nous apercevant, sa mère nous offre d'apposer le sceau sur notre crédential. Leur tampon marque : Felisa : Agua, Amor y Higos : De l'eau, de l'amour et des Figues.

Ils nous racontent une histoire déjà entendue. Ils se plaignent des pseudo-pèlerins qui confondent sport et pèlerinage. Ils maudissent des touristes qui prennent le taxi et ceux qui confondent les albergues avec des hôtels à bas prix. Surtout, Carlos regrette la massification récente, elle dénature complètement le Camino. Il affirme même qu'il a vu des pèlerins depuis son camion à quatre heures du matin longer la route pour aller plus vite, plus loin. Il demande à sa mère en s'exclamant fort : "Mais qu'est ce que ça veut dire ?"

Et moi donc ! ... Décidément, rien ne va plus ma bonne dame.